La France a déjà perdu ses Juifs
Fut un temps, pas si vieux - puisque je l’ai connu - où les Juifs s’impliquaient dans les affaires de la France, par obligation et par choix. Ainsi, on y faisait son service militaire et certains juifs n’hésitaient pas à faire la PMS (préparation militaire supérieure) pour devenir officiers et rejoindre après leur service le Corps des Officiers de Réserve. Il était de bon ton, pour les plus doués d’entre eux, de passer le concours de l’ENA pour intégrer les différents Corps de l’Etat. Certains choisissaient de s’impliquer dans les affaires locales et devenir Conseillers Municipaux, voire Maires de leur Commune. D’autres militaient dans les Partis politiques, à tous niveaux, ou dans des Associations de toutes natures où se rencontraient Levy, De Laporte Qui Penche, Sanchez et Ben Ali, en toute camaraderie. Certains de ces Juifs croyaient au Ciel, d’autres n’y croyaient pas, mais tous étaient convaincus que le projet France méritait que l’on y consacrât une part de son énergie. On se passionnait pour les élections et on pesait la valeur des candidats à l’aune de ce qu’ils apporteraient en cas de victoire à la communauté nationale. Ainsi les Juifs français, et plus largement les Juifs européens, se comportaient vis-à-vis de leur pays, un peu comme se comportent aujourd’hui les Juifs américains, parce que l’avenir de leur pays leur importe, parce que they care.
L’implication des juifs dans le business France s’est érodée progressivement jusqu’à devenir epsilonesque. Bien sûr, il existe encore quelques Juifs qui suent, militent et s’impliquent en politique, mais, entre nous, ils sont tellement peu Juifs qu’il est difficile de les comptabiliser. Sans ouvrir le débat entre « qui est juif et qui ne l’est pas », disons simplement que les spécimens qui continuent à œuvrer, ou à s’agiter, aux choix, placent leur judaïté au plus bas de l’échelle de leurs valeurs ou préoccupations, sans parler de ceux n’avouerons jamais qu’ils sont Juifs ; et ceux-là sont légion.
Bien sûr, tous les Juifs de France, à l’inverse des Juifs norvégiens, n’ont pas quitté physiquement l’hexagone, parce qu’il faut bien que le magasin ouvre le matin et ferme le soir et, comment faire chauffer la marmite sous d’autres cieux, mais ont cessé de s’impliquer dans la communauté nationale, si ce n’est pour tenter d’imaginer si la peste est préférable au choléra, ou l’inverse. La France est devenue un vaste champ de bataille où ils se savent perdants quel que soit le camp qu’ils pourraient choisir. Donc, avant même de songer à rejoindre des prairies plus vertes, ils n’ont le choix qu’entre la marranisation ou le ghetto. D’un côté : se cacher, gommer, voire détruire les signes extérieurs de judaïté et cesser la chêne de la transmission, de l’autre, s’enfermer dans un communautarisme plus ou moins étouffant. Dans les deux cas de figure les juifs ont quitté la France même s’ils continuent à y habiter.
Publicité