Genou-bérékh = bénédiction-brakha. Rabbi Nahman de Brelav
Rabbi Nahman de Breslav commence son œuvre monumentale, Likoutei Moharan, par un premier enseignement qui s'intitule Ashrei (Bienheureux).
Au deuxième paragraphe de cette leçon figure un enseignement qui m'a toujours fasciné, bien que je n'en ai jamais compris le sens véritable. Je vous le traduis mot à mot : [ l'homme israéli - disons, le juif - doit toujours observer attentivement l'intelligence (sékhél) qu'il y a dans chaque chose et se rattacher à la connaissance (Kokhma) et à l'intelligence (sékhél) qu'il y a dans chaque chose, pour se rattacher à Hachém, grâce à cette chose, car l'intelligence (sékhél) est une grande chose et elle l'éclaire dans toutes ses actions. ]
Ce qui me fascine dans cet enseignement, c'est que j'ai la ferme conviction que la chose en question peut être des plus banales. Autrement dit, ce qui nous arrive dans la vie de tous les jours n'est pas fortuit, mais au contraire, peut représenter un moyen pour se rapprocher d'Hachém, à condition que nous comprenions le message, l'intelligence qu'il y a dans la chose, qui est porteuse de sens, comme l'on dit de nos jours dans les revues de psychologie à quatre sous.
Pour illustrer mes propos, je vais vous livrer, une fois n'est pas coutume, un exemple qui me touche de très près.
J'ai fait, Dimanche, Hol hamoéd Souccot, une randonnée en montagne, avec un groupe d'amis. Une randonnée facile, avec femmes, enfants et même chien. Dans une descente, légèrement boueuse, je glisse, mon genou gauche fait une hyper flexion et je m'arrache les tendons qui lient le muscle au genou. Résultat : héliportage jusqu'à l’hôpital le plus proche, et intervention chirurgicale dans les prochains jours. Banal me direz vous. Ca dépend de quel côté on se place. Moi, qui suis fasciné par la langue hébraïque, j'ai essayé de comprendre "l'intelligence", le Sékhél qu'il y avait dans cette chose, traduite en hébreu, bien entendu.
Or, comment dit-on genou en hébreu ? Bérékh (bét, réch, kaf)! La racine de genou renvoie sur un mot beaucoup plus familier qui est Brakha ou Baroukh (béni ou bénédiction) ; la preuve, dans le dictionnaire les deux mots se suivent.
Autrement dit, Hachém m'aurait envoyé, non seulement une rupture des tendons, mais aussi une Brakha. Ca c'est le niveau pchat (littéral)
Les choses se compliquent quand on réfléchit aux conséquences de cette chose, qui pour moi se soldera, au mieux, par une opération et 45 jours d'immobilisation et de cloche pied. Car en admettant que cet "accident" soit porteur de sens, quel sens vais-je lui donner, et à quoi consacrerais-je mes jours d'immobilisation forcée ? Là est la grande question, à la quelle je n'ai pas de réponse claire aujourd'hui. Mais, pour arriver déjà à se poser cette question, il faut appréhender la chose, non pas comme un accident bête et méchant, mais comme un clin d'œil d'En Haut, qui invite regarder la chose de plus près et à se regarder soi même.
Pour en revenir à Rabbi Nahman, ce dernier rapporte l'exemple type de celui qui refuse de regarder l'intelligence qu'il y a dans la chose. Il s'agit d'Esaü qui a méprisé le droit d'aînesse, souvenez vous, et l'a vendue à Jacob pour un plat de lentilles ou d'haricots rouges. Ce mec était sorti premier du ventre de sa mère, Yaakov accroché à son talon ( rappelons que Jacob s'appelle précisément ainsi puisque son nom provient du mot talon, ékév, Yaakov), jouissait donc du droit d' aînesse avec tous les privilèges y afférant, mais a refusé de comprendre l'importance de ce droit. Pourquoi, me direz-vous ? A cause d'une dépression chronique; Esaü avait inventé le nihilisme. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est la Torah.
Enfin, c'est tant mieux pour nous, parce que si Essaü ne s'était pas débarrassé de son droit d'aînesse au profit de Jacob, devenu Israël, oy va voy lanou (pauvres de nous). Déjà qu'avec le droit d'aînesse, on n'a pas la cote depuis deux mille ans, que serait-il advenu du peuple juif, sans ce droit ?
http://fr.youtube.com/watch?v=8UN3heMt6H0