La Palestine virtuelle en troisième dimension est en marche
Non, ce n'était pas de l'Intox la décision palestinienne d'instaurer unilatéralement, avec la bénédiction de l'Assemblée Générale des Nations Unies, qui lui est toute acquise, un Etat, sur les frontières de 1967, ou mieux encore, sur les lignes invraisemblables de partage dessinées en 1949. La grande question est de savoir comment vont réagir les Etats qui disposent d'un droit de veto au Conseil de Sécurité, et plus précisément comment va réagir Obama ?
Il me paraît assez évident que la France, la Grande-Bretagne la Chine et la Russie, s'aligneront sur la très grande majorité des 192 Etats qui composent l'Assemblée Génerale de l'ONU, qui seront ravis que les palestiniens disposent de leur Etat, même virtuel. Une fois encore, la décision finale reposera sur les l'Amérique, c'est à dire sur les consignes de vote que donnera Obama à ses représentants à l'ONU. ll est clair que sous une présidence "normale", en phase avec l'amitié Israélo-americaine, qui prévaut depuis de longues années, la réponse eut été claire: usage du droit de veto à une initiative unilatérale de la part des palestiniens, quel que soit le nombre d'Etats qui auront voté pour, à l'Assemblée. Seulement voilà, Obama n'est pas un Président "normal".
"Contrairement à Bush et Clinton qui ne rataient pas une occasion de se présenter comme des amis d’Israël, Obama n’a pas de sentiment personnel pour l’Etat hébreu", souligne Eytan Gilboa, professeur de sciences politiques à l’université de Bar-Ilan, et spécialiste des relations israélo-américaines, nous dit le quotidien Libération. "Pas de sentiment personnel"? L'analyse d'Eytan Gilboa est contestable. Bien sûr qu'Obama a un sentiment personnel à l'égard d'Israël. La véritable question est: est-ce un ressentiment ponctuel à l'égard de Natanyahou, parce qu'il estime que les israéliens ont roulé Hilary Clinton dans la farine et porté atteinte à sa propre crédibilité dans le monde arabe, ou est-ce tout simplement de la haine à l'égard de l'Etat hébreu; n'ayons pas peur des mots ? Je pencherais pour la seconde hypothèse.
J'ai le sentiment qu'Obama déteste tout bonnement cet Etat pour plusieurs raisons
- Il ne partage pas avec Bush une croyance évangéliste qui portait ce dernier à soutenir Israël coûte que coûte, pour des raisons avant tout théologiques.
- Il n'a pas connu de relation fusionnelle, comme Clinton, avec un grand bonhomme comme Itshak Rabbin.
- Il envie Jimmy Carter, qui a réussi à laisser sa marque au Moyen-Orient par les Accords de Camp David, sans pour le moins être taxé de pro israélien, pour le moins.
- Ses conseillers les plus proches, Ram Emmanuel, sans oublier Zbgniew Brzezinski, dernier transfuge de l'équipe Carter, dont on parle peu mais qui est bel et bien présent, lui présentent un Etat d'Israël hautement fourbe et carrément détestable.
Mais à la limite, Obama n'a pas besoin de conseillers malveillants envers Israël, et son Premier Ministre Natanyahou; il a sa propre vision du monde et de la place qu'Israël devrait occuper dans celui ci.
J'ai longuement disserté dans mes articles précédents sur Obama, son profil, ses références culturelles, ses maîtres à penser, sa conversion au christianisme, alors qu'un Musulman reste Musulman jusqu'à la fin de ses jours, les zones d'ombre dans son passé. Je ne vais donc pas me répéter.
Il y a un aspect que je n'ai pas encore développé c'est l'animosité structurelle d'Obama envers l'Etat hébreu et l'humiliation qu'il se complaît à infliger à Israël, en général, et à son premier Ministre, en particulier, à la moindre occasion. Bill Clinton, fin psychologue, ne s'y est pas trompé; dans une interview le 15 Novembre dans Haaretz, qu'il accorde à Nahum Barnea il dit: "You should not think that President Obama is your enemy." Ne croyez pas qu'Obama est votre ennemi; ce qui signifie, d'une part, que Clinton sait pertinemment ce que pensent les israéliens d'Obama, et que d'autre part, ce genre d'affirmation signifie précisément l'inverse. "Non, Obama n'est pas un ami d'Israël, mais vous n'avez d'autre solution que de faire avec".
Malgré l'opposition apparente des Etats-Unis aux velléités de création d'un Etat palestinien, je suis convaincu qu'Obama n'ira pas à l'encontre des neuf dixièmes de la planète, qui approuve la création de cet Etat, qu'opposer un veto serait contraire à ses déclarations d'amitiés envers le monde musulman, et que, surtout, surtout, Obama serait ravi de mettre l'Etat juif dans l'embarras, pour parler poliment.
Par ailleurs, je ne peux croire qu'Abbou Mazen et consorts, aient déclenché cette manœuvre sans un aval préalable de la part d'Obama. Existe t-il un accord secret ou non, cela n'a en définitive aucune importance.
Je m'étonne même que les palestiniens aient attendu si longtemps pour déclencher cette manœuvre, mais, à la réflexion, ils ne pouvaient le faire sous Clinton et Bush, car l'Amérique aurait apposé son veto. Ils ont donc attendu des temps meilleurs, qui sont venus avec l'arrivée d'Obama au pouvoir. Il leur fallait attendre encore un peu pour s'assurer de la complicité/bienveillance d'Obama à leur égard, et de son enlisement dans tous les dossiers de politique étrangère; sans tenir compte de sa faiblesse-hésitation structurelle sur tous les sujets. Assurés quelque part que l'Amérique ne leur mettra pas de bâtons dans les roues, ils ont foncé.
Il est clair que la Palestine virtuelle verra le jour. Peut être pas cette fois ci mais, une fois prochaine. Il s'agira d'un Etat artificiel, construit dans une troisième dimension, qui viendra se superposer, dans l'espace, à une Cisjordanie réelle. Mais la géographie banale, à deux dimensions, bien terre à terre, avec toutes ses contingences, n'a jamais posé de problème aux Palestiniens.
Il est tellement plus confortable de créer sur le papier les structures d'un Etat, avec des Institutions, mais sans les hommes capables de les faire fonctionner, ni des ressources propres, puis de faire valider cet Etat fantôme et mendiant par une institution internationale bancale.