Les "statistiques ethniques" sont-elles possibles en France?
Yazid Sabeg s'est vu doter par Nicolas d'un titre aussi ronflant qu'abscons : « Commissaire à la diversité et à l'égalité des chances ». Fermez le ban !!
D'un naturel curieux, j'ai lu il y a quelques semaines un long article rédigé par le sus-nommé dans le Monde, et je n'ai pas honte de l'avouer: je n'ai rien compris. Ni ce qu'était le bonhomme, ni la mission dont l'avait investi notre Président, ni la substantifique moelle de sa réflexion et de son projet.
Or il se trouve que Yazid et moi avons un point commun: nous avons tous deux suivi les enseignements du regretté Raymond Barre à la Fac; nous devrions de ce fait partager un minimum de langage commun. J'en suis donc arrivé à la conclusion que si son discours était obstrus, c'était à dessein, parce que dans la France d'aujourd'hui appeler un chat , un chat est un crime de lèse majesté.
Le discours de Yazid, qui est un mec plutôt brillant, mérite donc un décryptage, selon la méthode que j'utilise pour essayer de comprendre les convulsions qui agitent le Moyen-Orient hystérique.
Pour le moment, Yazid se bagarre pour obtenir ce qu'on peut appeler "des statistiques ethniques" et qu'il proposera bientôt au Parlement de débattre d'un cadre qui vise à "rendre licite la mesure de la diversité". Quel charabia! Et pourtant les choses sont simples.
Il existe en France un nombre de ressortissants qui se réclament de l'Islam, qu'ils soient ou non d'origine maghrébine ou moyen-orientale. Ce nombre est une inconnue sacrée (comme le "nombre d'or" pour les initiés), ce qui signifie qu'il existe, mais que l'on n'a pas le droit ni de le déterminer, ni surtout de le publier, parce qu'alors on risque de mettre en cause les règles sacro saintes de la République, où tous les citoyens sont égaux soit indifférenciés. Or le propos de Yazid est d'obtenir "une lecture ethnique de notre société qui permette de mesurer sa diversité, pour identifier précisément ses retards et mesurer ses progrès".
Donc première étape, dite statistique, qui pourrait se résumer ainsi: combien y a t-il de musulmans en France, ou de convertis à l'Islam, sachant que Yazid espère obtenir ces chiffres par autodéclaration et sous réserve de l'anonymat, sur une base qu'il qualifie de "ressenti". Que signifie "ressenti"?.
Prenons un exemple: Christian, français de chez français de souche, fréquente une bande black-beur de l'Ariane. Quand un gars de la bande veut convaincre ses camarades que ce qu'il dit est vrai, l'expression la plus communément utilisée est "j'teljure sur le Coran" . Sa parole devient en quelque sorte, ce que l'on pourrait appeler sous d'autres cieux, "parole d'Evangile", sauf qu'elle ne se réfère pas au Nouveau Testament. Christian, tout naturellement, adopte le code verbal des ses potes et emploiera à son tour la même expression. Supposons maintenant que Yazid obtienne gain de cause et que les enquêteurs chargés de se livrer à une lecture ethnique de la société française passent dans la cité de l'Ariane pour vérifier le ressenti des membres de la bande, que répondra Christian lorsqu'on lui demandera: "quelle est ta religion?" Concluez par vous-mêmes.
Deuxième étape: la discrimination positive. Muni de statistiques, Yazid part du principe que l'égalité des chances c'est du bidon; ce en quoi je suis parfaitement d'accord avec lui. Prenons un autre exemple: pour réussir sa première année de Médecine, il est indispensable de recourir à des cours privés, non dispensés à la Fac. Si tes parents n'ont pas les sous pour te payer ces cours qui dépassent allègrement les 10.000 Euros, t'as aucune chance de figurer dans la liste des élus. Alors, où est l'égalité des chances et combien de petits gars de la bande de Christian et de Mahmoud seront médecins ? Réponse: aucun !
On commence déjà un peu mieux à cerner la pensée de Yazid Sabeg: combien sont-ils, où vivent-ils, comment faire pour les aider plus que les gosses de riches et combien ça va coûter à l'Etat? Ce n'est jamais que de la macro-économie, telle qu'elle nous fut enseignée par le regretté Raymond Barre, qui ne fut pas un grand philosémite mais un super économiste, qui aurait sans doutes su comment nous sortir de la panade économique dans laquelle nous plongeons chaque jour un peu plus.
Sur un plan moral et éthique, on ne peut que partager la vision de Yazid; le problème est que le comptage éthnique pose un problème, parce la France saura enfin, avec précision, le nombre de musulmans, et de ceux qui se réclament comme tels, qui vivent sur son sol; information clé qui pourra être exploitée de manière diverse par les uns et les autres (j'utilise à mon tour un langage abscons pour ne pas plonger dans un total politiquement incorrect, qui me vaudra encore plus "d'amis"). Pour ce qui est de la communauté juive française, cette information a évidemment du poids et conduira sans doute à certaines mesures, dont la moindre sera sans doute d'accélérer le processus d'Alyah. Mais je peux me tromper.
Mon opinion est que ce projet ne verra jamais le jour, par peur d'en connaître les résultats, et aussi, parce que la Gauche française s'y opposera, au nom des grands et vains principes de fausse égalité.