Suite à "Attali...Méssianique"

Publié le par Arié


Suite à mon article précédent: "Attali nous la joue "Messianique", j'ai reçu un commentaire de la part d'un ami, Z. Je reproduis son commentaire, ainsi que ma réponse.

Difficile et hasardeux de fustiger Jacques Attali, en quelques lignes, mais c'est la démocratie et le droit de s'exprimer.
Le talent de cet homme, ses fonctions, ses diplômes et sa brillance ne sont pas à démontrer, ainsi que sa production livresque: là encore, on n'est pas obligé d'apprécier ,mais obligé de reconnaître .
Quant au problème religieux, terre hasardeuse encore de discussion, le problème n'est pas résolvable en quelques lignes; là encore on pourrait souhaiter les propositions émises, et pourquoi pas ; la halaha est elle figée "ou est elle une marche en avant"; la femme de Moïse était elle juive ? Certains convertis n'ont ils pas été des exemples de rabbins, entre autres, et des penseurs engagés. Notre richesse est notre diversité, mais laissons être juif celui qui veut être juif .


Cher ami, en aucune façon je n'ai "fustigé" comme tu le dis, Jacques Attali. J'ai émis un avis sur les propos qu'il a développés lors d'une interview; il ne s'agit donc pas d'une attaque intuitu personae mais d'un débat d'idées. Donc, ton verbe est impropre, mais il me donne l'occasion de développer ma pensée et d'écrire la suite à mon article précédent.


D'abord une remarque d'ordre économique, puisque Attali et moi-même sommes économistes: "trop de monnaie tue la monnaie". Quand on passe de 15 millions de coupures à 200 millions, la monnaie juive est dépreciée. Le chiffre de 200 millions de juifs lancé par Attali c'est à la fois de la provoc., des justifications pseudo économiques liées à l'avenir d'Israël, qui à mon sens, ne tiennent pas la route, mais surtout, une autre vision de "qui est juif?", que je désapprouve totalement.

Je ne suis pas un chaud partisan de la démarche hyper stricte pratiquée par le Rabbinat en matière de conversions; en Israël notamment. Cela pose d'énormes problèmes à l'Allya russe. Il n'empêche que le passage au judaïsme n'est pas une formalité administrative, mais un engagement clair et résolu, qui doit se fonder, avant la conversion, sur une connaissance solide de ce qu'est le judaïsme, sous tous ses aspects. Après la conversion, Allah est grand, et chacun pratiquera à sa guise, puisque le principal cadeau qu'a donné D. au juif c'est le libre arbitre.

 

Tu évoques Tsippora, la femme de Moïse qui n'était pas juive. A l'origine certes, mais elle a été manifestement bien convertie et éduquée par son mari, puisqu'il est spécifié dans la Torah que c'est elle qui a circoncis son fils Gershon, puisque son mari était appelé à d'autres occupations. La circoncision d'un enfant mâle n'est pas qu'une opération chirurgicale, elle suppose une connaissance approfondie de toutes les règles de la Mila. Or, si elle connaissait ces règles, qui ne sont pas du ressort des femmes, à fortiori, elle devait connaître toutes les autres. Une conversion de cette nature a du poids. Alevaï, pourvu que, les conversions de nos jours arrivent à la cheville de celle de Tsippora.
Quant à la Halakha évolutive, je reproduis une article que j'ai rédigé le 12.02.2009 et qui s'intitule: "Rendre le judaïsme aimable auprès de ceux qui veulent le rejoindre". Tu verras que points de vue ne sont pas très éloignés.

10 à 15 % des habitants de l'Empire romain étaient juifs. Ce chiffre est impensable sans une conversion massive au judaïsme.

L'épouse de Moïse était midianite et le roi David n'était jamais que l'arrière petit fils de Ruth la moabite. Ce qui signifie que toute la chaîne des rois d'Israël, donc du Messie à venir, sont.... presque complètement juifs

Parmi les plus grands de nos sages: Rabbi Akiva, Rabbi Méir, Onkélos , le neveu de Titus, et j 'en passe, sont des convertis.

Pendant la période sombre de l'histoire d'Israël alors que les juifs vivaient sous tutelle musulmane ou chrétienne, il était hautement risqué de convertir au judaïsme et de s'y convertir. Mais les temps ont changé

La conversion au judaïsme selon Maïmonide consistait d'abord à rendre le judaïsme aimable et attrayant aux yeux de ceux qui souhaitaient sincèrement se convertir à la Loi de Moïse. Il fallait leur enseigner l'unité fondamentale du Créateur, l'interdiction de servir des idoles, ou ce qui y ressemble, et les peines encourues à transgresser les Commandements. Mais là où l'enseignement de Maïmonide prend tout son poids c'est lorsqu'il précise qu'il ne faut pas assommer le converti potentiel avec le détail des Commandements éin marbim vé ein médakdekim, ce qui littéralement peut se traduire par: on enseigne un peu, mais pas trop, et on évite de rentrer dans les modalités d'application pointues de Mitsvot, pour ne pas le lasser et le détourner de la voie qu'il a librement choisie. Et s'il persiste dans sa décision, on le reçoit de suite.

Dans sa lettre à Ovadia, le converti, le Rambam précise: "il n'y a aucune différence entre nous (les juifs) et toi; celui qui se convertit, sa descendance est juive jusqu'à la fin des temps et il fait partie de la maisonnée d'Abraham. Si nous les juifs, nous nous réclamons d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, toi tu est lié à Celui qui a dit et le monde fut créé ".


Or il se trouve que le Choulkhan Aroukh (la codification des lois acceptée comme un dogme) ne suit pas la position du Rambam; il convient que le converti se plie aux mitsvot.

Le premier Grand Rav sépharade de l'Etat d'Israël, Rabbi ben Tsion Ouziel, Rishon lé Tsion, écrit: "Dans notre génération le fermeture des portes devant ceux qui veulent se convertir est une très lourde responsabilité parcequ'elle pousse ceux ci à se convertir à d'autres religions, à quitter le peuple d'Israël et à se perdre parmi les nations. En tout état de cause il faut au moins rapprocher les enfants, même si leur mère n'est pas juive. Et si nous ne le faisons pas, nous encourons une terrible sanction divine".

Le Rav Shlomo Goren avance une idée révolutionnaire: on peut recevoir un converti, non seulement selon le critère religieux mais aussi selon le critère national; à savoir son désir d'appartenance au Peuple juif revenu à Sion, ainsi qu'il est écrit dans le livre de Ruth "Ton peuple est mon peuple et ton Dieu est mon Dieu ".

Il est clair que les rabbins orthodoxes, préposés en Israël aux conversions, ne suivent pas ces aménagements; pour eux la conversion doit demeurer un parcours d'obstacles.

En dehors de citations rabbiniques on peut poser quelques règles de bon sens.

Le temps de l'exil, de la timidité et de la peur sont finis; Israël est solidement installé sur sa terre, Les réflexes d'auto-protection et de repli sur le Shtetel ou le Méllah n'ont plus de raison d'être. Ceux qui veulent rejoindre la communauté d'Israël n'ont plus aucune raison d'en être écartés. Bien au contraire, si on ne les rallie pas à la communauté d'Israël, ils risquent, comme le dit le rabbin Ben Ouziel, de voguer vers d'autres cieux, amenant avec eux leurs enfants. Or qu'est ce qui autorise les rabbins orthodoxes à vouloir transformer ces hommes et ces femmes, qui souhaitent simplement faire partie du peuple d'Israël, en ultra religieux appliquant scrupuleusement la Torah et les Mitsvot. Les juifs nés juifs - sans grand mérite d'ailleurs - qui sont aussi éloignés du judaïsme que la terre de la lune, ont le droit de bafouer les principes essentiels du judaïsme, volontairement, ou par ignorance crasse, mais le Guér Tséddék doit être un "saint"  et un savant ? Absurde !

Sans se livrer à un prosélytisme débridé; ce n'est pas notre vocation, il convient au moins présenter une image "plaisante" du judaïsme, pour que ceux qui veulent en savoir d'avantage, et éventuellement franchir le pas, ne soient pas dégoûtés ou découragés d'emblée. On ne cesse de brandir l'épouvantail de l'assimilation ou de la conversion de juifs, on pourrait également tenir une comptabilité partie double.

La conversion au judaïsme ne doit pas pour autant devenir une formalité, comme il en est du christianisme ou de l'Islam, parce qu'il existe un volet d'acquisition de connaissances indissociable de la pratique. Mais cette phase d'apprentissage doit être un plaisir et non une corvée, à laquelle les juifs de chez juifs, ignorants de leur tradition, devraient se joindre.

Enfin, en ces temps où l'islam chasse et convertit tous azimuts, et où le christianisme se liquéfie - ce qui, quelque part, est fort dommage - le judaïsme doit jouer son rôle et se poser en alternative. Choquant n'est-ce pas ?


Pour ce qui est du non-problème du non-antisémitisme en France, je voudrais citer une autre interview faite par Cyril Auffret sur quelqu'un qui a été en butte à l'antisémitisme à l'école. J'ai nommé Jacques Attali dans "Le conseiller du Président". Page 25 "C'était un milieu très antisémite (XVI° Arrondissement). 1956, c'est juste après la guerre. Il y avait dans ma classe des enfants de collabos... ",  puis page 26 où il évoque l'impossibilité de se faire inviter par les adolescents de Deauville et aux aux rallyes du XVI°. " On n'était pas admis. C'était comme une sorte de mur invisible. Pas d'insulte antisémite, jamais. Mais on savait que c'était lié à ça.... ". Faudrait savoir,ou alors Jacques Attali estime que les choses se sont bien améliorées depuis. Ce n'est pas mon avis et puisqu'Attali ne se prive pas de parler de lui, je vais parler de moi.

 

Nous avons le même âge et, tous les deux, nous sommes arrivés en France vers onze, douze ans. Mais là s'arrête la ressemblance. En débarquant en France, Attali parlait sans doute l'arabe et bien entendu le français; moi je parlais couramment.... le roumain et l'hébreu. Mon immersion dans le pays et dans la langue s'est faite à l'école communale d'Ivry sur Seine. Là il fallait faire le coup de poing quand on se moquait de moi parce que je ne parlais que ,"le juif". Heureusement, ça n'a pas duré. Et puis je suis rentré au Lycée Henri IV, puis à la Fac où je n'ai jamais souffert de l'antisémitisme.

Contrairement à Attali qui ne s'est pas fait au XVI° Arrondissement, je me suis fort bien intégré dans la banlieue communiste d'Ivry - où l'on n'organisait pas de rallyes mais des colos - subventionnées par la Mairie, tenue à l'époque par Jacques Duclos -que j'ai fréquenté assidûment, en tant que pensionnaire puis de moniteur. Les Communistes de l'époque, en France, n'étaient pas antisémites.

 

L'antisémitisme m'a rattrapé à l'Armée: non admis au cours d'officiers, bien que sorti premier à la PMS (préparation militaire), brimades en tous genres de la part de Sous-Of alccoliques, bagarres homériques au dortoir avec des troufions issus de la France profonde, qui n'avaient jamais rencontré un juif de leur vie, mais qui s'étaient vu seriner toute leur enfance que le Juif avait tué Jésus. Il faut dire que Levy, c'est imparable, pire que Judas.

Ma carrière professionnelle n'en a pas souffert tant que j'étais un juif approximatif, comme tant d'autres. Le jour où j'ai décidé, qu'il me fallait assumer mon judaïsme, les ennuis ont commencé. Avec un point d'orgue, lorsque j'ai été viré d'un job qui me tenait à coeur pour incompatibilité génétique. Vous avez bien lu: "Levy , nous n'avons pas les mêmes gènes", m'a dit le boss. Si vous vous voulez en savoir d'avantage rendez vous sur .......


Attali et moi avons un autre point commun: lui est fier de ses racines de juif algérien, moi je me suis toujours considéré comme Israélien et non pas comme juif. Ca permet plus facilement de dire "merde aux cons".

Avant que les juifs d'Afrique du nord ne débarquent en France, l'immense majorité des juifs étaient des Ashkénazes trauma. Je me suis souviens lors de mon entrée en Sixième, d'un garçon qui se met à siffloter, près de moi, l'Hatikva (hymne national israélien). J'étais content et lui est lancé "tu es

juif !". "Pas si fort", m'a t-il répondu, "faut pas que ça se sache ".

A mon premier job sérieux, le Directeur de la boite U., un dénommé S., essayant de me convaincre de ne pas rejoindre la concurrence, me dit: "Vous ne devriez pas entrer chez C., ils sont antisémites là bas, et puis vous savez, j'ai changé mon nom, en fait, je descends d'une famille de rabbins". J'appris par la suite qu'il s'agissait de la dynastie des Soloveitchik. Pas n'importe qui. Peu de temps après, le même S. rejoint, comme Directeur Général, une énorme de boite de vente par correspondance. Au bout de deux mois il est débarqué, une pétition lancée par les syndicats circule: "S. nous a trompé, c'est un juif. Dans ma boite, il y avait au moins trois cadres qui avaient changé leur nom et abjuré leur judaïsme; un club, quoi! Ca ne sert à rien de multiplier les exemples, vous m'avez compris.


Les Juifs pieds-noirs, décomplexés, ont changé la nature de l'antisémitisme en France, mais non pas sa vigueur. Quant à ceux que les juifs approximatifs appellent "les barbus", même s'ils ne portent pas de barbe mais seulement une kippa et un Talit Katan, dont les franges dépassent du pantalon, il se font insulter et/ou tabasser tous les lundi et jeudi, voire crever les quatre pneux de leur voiture, comme cela est arrivé à un juif-juif qui était passé me voir. A part ça, il n'y a pas d'antisémitisme dans notre belle France; ce n'est que de la propagande lancée par Ariel Sharon.


Voilà cher ami, ce que j'avais à vous répondre. Merci de m'en avoir donné l'occasion.


 



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