Le père réconforte les tankistes qui ont tiré par erreur sur son fils.

Horreur absolue: le capitaine de parachutistes Yonathan Natanël est tué par des tankistes israéliens qui n'ont pas tiré sur la "bonne" maison. J'ai imaginé aussitôt le désespoir de ces soldats qui ont tué par mégarde l'un des leurs, et la peine immense de la famille du jeune capitaine et de sa jeune épouse.
Le lendemain de ce drame, le porte parole de Tsahal s'exprime à la télévision israélienne, retransmise en France sur Haarouts Haïsraéli (la chaine israélienne).
Sa déclaration est une des censées que je n'ai jamais entendues. Il dit en substance qu'ordre a été donné aux tankistes qui ont tué par mégarde leur frère d'armes de continuer le combat puisque les objectifs fixés à Tsahal n'ont pas encore été tous atteints. Ce qui signifie qu'il ne faut pas s'arrêter de combattre et surtout ne pas trop réfléchir sur ce qui s'est passé; la meilleure façon de ne pas sombrer dans le désespoir.
A cette déclaration vient s'ajouter celle du père du soldat le Rav Amos Nathanël. Ce dernier, en deuil, déclare à la télévision, qu'il n'a eu de cesse depuis le drame de parler aux tankistes, et que Tsahal lui a arrangé un rendez-vous téléphonique avec eux.
"C'était important pour moi de leur parler avant l'entrée de Shabbat", dit-il. "J'ai parlé avec ces soldats et je leur ai dit que ce ne sont pas eux qui ont tué Yoni; il est mort pour la sanctification du Nom divin (Al kiddouch Hachém) parce c'est ainsi qu'il a été décidé La Haut. Vous êtes des anges purs qui ont été choisis pour cette mission, et c'est bien que Yoni ait été atteint par vous et non par des anges malfaisants, qui n'auraient d'ailleurs pas pu l'atteindre. Nous recevons cette nouvelle comme partie intégrante de ce qui peut se passer sur un champ de bataille. Nous vous etreignons et nous vous embrassons".
Le Rav, père et ancien commandant d'unité de Tsahal, a demandé au commandant du régiment d'infanterie de faire en sorte que les conducteurs du char puissent venir leur rendre visite à la maison après la guerre, afin que "malgré la difficulté et la peine que nous éprouvons, nous puissions leur dire combien nous les aimons, nous comprenons la situation et nous l'acceptons".
J'ai vu le père parler; avec sa grande kippa tricotée et sa longue barbe. Il avait lui même l'air d'un ange, ou plutôt de ce qu'on peut faire de mieux dans le genre humain. Perdre un fils et s'empresser de vouloir parler avec les soldats qui l'ont tué par erreur, en leur disant, au nom de sa famille, qu'il les aime et ne leur en veut en aucune façon, est d'un tel degré que c'en est inimaginable.