Pourquoi la guerre a éclaté Shabbat Mikéts ?
Israël a gagné sa guerre, non pas en 18 jours mais en quelques heures, le temps qu’a duré l'attaque aérienne qui s'est déclenchée le Samedi 27 Décembre , Sixième jour de 'Hanoucca , Paracha Mikets.
Mikets, selon Onquélos, cité par Rashi, ne signifie pas au "bout de" ,comme il est écrit dans la traduction officielle de la Torah du Rabbinat, mais "à la fin de"... deux ans de la captivité de Joseph, dans les geôles du Pharaon. Peu importe ce que recouvrent ces deux années, c'est le mot "fin", traduit par Onquélos par MiSof, à la fin, qui importe.
L'attaque israélienne s'est déclenchée précisément le Shabbat où l'on lit dans la Torah la paracha (section) Mikets, qui d'après la tradition juive, est toujours lue à 'Hanoucca.
Cette coïncidence n'a pas été évoquée, à ma connaissance, et mérite quelques réflexions.
"A la fin des deux années, Dieu met fin à l'obscurité". C’est ainsi que le Midrach commence son exposé sur cette paracha, en citant un passage du livre de Job.
Rappelons les faits: Joseph, en terre d'Égypte, est mis en prison. Il y restera 12 ans, erreur judiciaire s'il en fut. Mais toutes choses, même les plus mauvaises, ont une fin, y compris l'emprisonnement de Joseph, qui va retourner à la lumière du jour et apportera la lumière au monde.
Qu'apporte t-il exactement ? Il apporte d’abord la plus brillante analyse économique qui n'est jamais été faite - plus fort que Keynes - puis la mise en application de cette analyse, qui transforme l'Égypte d'un pays menacé de famine en une puissance économique et politique qui concentrera toutes les richesses du Proche et Moyen-Orient.
Il est clair que le mot "Kets - Sof - fin" annonce la fin d'un monde ancien et l'apparition d'un nouveau monde. C’est un mot charnière qu'il faut comprendre comme une fin suivie par un commencement. Ce n'est donc pas pour rien que cette paracha est lue à 'Hanoucca, qui annonce la fin de la tyrannie et la naissance de l'espoir et de la délivrance.
C'est donc le Shabbat où Beit Yaakov, à savoir la famille élargie de Jacob (père de Joseph) - donc, toute la Communauté d’Israël, relit la section Mikets dans ses synagogues, tout en remerciant Hachém sur les Nissim, les miracles qu'Il accomplit à 'Hanoucca et qu'Il accomplit à chaque époque, que l'aviation israélienne attaque les installations de Hamas à Gaza. Ce jour là, quelque chose a pris fin et quelque chose de nouveau commence.
Qu'est-ce qui a pris fin ?
D'abord la patience d'Israël qui, Mikéts, à la fin de, huit années de bombardements incessants sur les villes et villages du Haut Néguev, décide qu'il est temps de réagir et de changer la donne. Belle patience, que certains pensaient éternelle : Israël n'aurait jamais les tripes de rentrer dans Gaza.
Ce qui a pris fin aussi c'est l'image d'un Israël « looser », qui doit faire face aux insuccès de la Deuxième guerre du Liban, un Israël qui n'a plus les tripes pour donner la leçon, dans un Moyen-Orient où la force est la seule valeur à laquelle on accorde du crédit.
Ce qui a changé c'est la nouvelle cohésion parmi les israéliens, qui approuvent dans leur quasi-totalité, la riposte, et qui ont fait preuve d'un comportement exemplaire dans les villes et les villages, où la population a suivi avec application les consignes du Pikoud Haoréf, la section de Tsahal chargée de « l’arrière ».
Ce qui a changé, et c'est moins perceptible si on ne regarde pas la télévision israélienne, c'est, comme le dit un commandant, la multiplication des Mynyanim sur le champ de bataille. Ce qui signifie, en langage clair, que de plus en plus de jeunes combattants, mettent les Tefilin, participent aux prières, bref prennent conscience de leur judaïsme. Pratiquement tous les reportages sur les soldats tombés au front ou sur les blessés montrent des soldats portant kippa et tsitsit; sachant que des Institutions comme le Merkaz Harav, se sont vidées de leurs étudiants parce quil sont tous sur le front à Gaza.
Ce qui a changé c'est que trois politiques qui ne s'aiment pas, pour le moins, et qui en fait se détestent cordialement, plus Bibi Natanyahou, qui n'aime pas les trois autres, se sont mobilisés pour faire entendre une seule voix, même s'il y a eu quelques couacs mineurs et même si les préoccupations électorales sont toujours en arrière plan.
Ce qui a changé, c'est le clivage net entre les pays arabes que je qualifierais, non pas de modérés, mais de pragmatiques, et les pays fous, fous, fous, tels la Syrie et l'Iran et le Quatar.
Ce qui a changé c'est l'image d'Israël auprès des nations molles. En effet, si l'image d'Israël était jusque là mauvaise, elle est devenue carrément catastrophique.
Auprès des hommes politiques, Israël peut faire le compte, non pas de ses amis, mais de ceux qui comprennent ses exigences. D'un côté, Tony Blair, Angela Merkel, Bush, les Tchèques. De l'autre, l'ONU, les Russes, les Italiens et, bien entendu, la France.
La condamnation d'Israël par le Quai d'Orsay a été immédiate, partiale et sans nuance. Nicolas fait un tour de piste frénétique et désordonné, qui le conduit notamment à Damas, où il n'avait rien à faire. Constatant qu'on l'écoute poliment, mais sans accorder le moindre crédit à ses déclarations, il revient vexé en France.
Pour mieux oublier et faire oublier sa tournée désastreuse, il se lance à corps perdu dans des réformes vraiment importantes, telle que la gratuité des musées pour les jeunes, et la reformes du Lycée pour 2010. Pendant ce temps, des personnes sérieuses, telles que Blair et Merkel, qui ne lâchent rien sur les garanties que doit recevoir l’Etat hébreu en échange d'un cesser le feu, s'occupent de choses importantes. Angela Merkel, qui est l'interlocutrice favorite de Hussni Moubarak, doit bien rigoler en lisant dans les journaux que le plan qu'elle tente de mettre au point s’intitule plan de paix Moubarak-Sarkozy.
Ce qui a changé c’est l'opinion publique internationale - je ne parle évidemment de Mahmoud qui casse les McDo, tague les murs des écoles ou projette des voitures béliers contre les synagogues, je vous parle de Madame Michu, qui reste scotchée à Antenne 2, où l'on montre des images soigneusement sélectionnées.
Madame Michu qui ne nous aimait déjà pas beaucoup, nous haït aujourd'hui franchement et sans nuance. Le juif déicide, continue son œuvre satanique, en tuant des enfants palestiniens. Fermer le ban ! Des Madame Michu, il y en a des centaines de millions de par le monde. Les certitudes de Madame Michu sont confortées et sa voix amplifiée, par les déclarations des dignitaires de l'Eglise catholique, qui, tel le Cardinal Martino, déclarent sans frémir que Gaza est un camp de concentration. Ce n'est pas que Madame Michu sache ce qu'est un camp de concentration, elle sait seulement que ce sont les nazis qui l'ont inventé. Donc les soldats israéliens sont des nazis, bourreaux sanguinaires et, dernière trouvaille: ils utilisent de drôles d'armes gazeuses, comme celle qu'on utilisait à Auschwitz, sans doute pour les gazer.
Tout cela prouve bien qu'un nouveau monde se dessine : un monde où les juifs n'auront pas la cote.
La guerre de Gaza a eu ceci de "bon", dans la mesure où elle a permis de passer en arrière plan la crise économique. Mais celle ci est toujours là, tapie dans l'ombre, et va resurgir dès que l'opération aura pris fin. Ceci nous renvoie, de plein fouet, sur la Paracha Mikets, où l'on ne traite pratiquement que d'économie, avec Joseph, l’hébreu, dans le rôle de Grand argentier.
Or, in fine, qu'en est devenu de la richesse accumulée en Egypte, quand Joseph occupait le poste de Ministre des finances. Celle-ci, nous disent nos sages, est passée aux mains des Hébreux, lorsque qu’ils quittent définitivement l'Égypte. Les Égyptiens, pour des raisons obscures, les prennent en sympathie et leur font de somptueux présents : argent, or, bijoux, ... Ces richesses, qui serviront à fabriquer aussi bien le Tabernacle que le veau d’or, accompagneront les juifs dans leurs pérégrinations.
La crise donc, tapie dans l'ombre, va surgir au grand jour et les boucs émissaires sont déjà désignés. Comment régiront les politiques à l'écoute de la rue ; là est la grande question.
J'imagine aisément les réactions en Russie et dans la plupart des pays de l'Est (à l'exception peut être de la Tchécoslovaquie), nourris au biberon d'antisémitisme primaire. Je redoute la réaction de la France, dont le roi serait un enfant, vexé de surcroit de n'avoir pas été entendu, et le ministre des Affaires étranges, un dandy. Car les Madame Michu, associées aux Mahmoud et aux Associations humanitaires, ne vont pas lâcher le morceau, dans le genre : crimes de guerre, emploi d'armes interdites par les conventions internationales, massacres d'innocents ; le tout amplifié par les effets de la crise économique, imputable comme il se doit, aux juifs.
Il est clair, qu'au delà de la guerre à Gaza, le monde va rentrer dans une nouvelle ère, où le poids de l’équation Obama ne sera pas négligeable.
Espérons, comme dit le Midrach sur la Paracha Mikets: tout a une fin, y compris les épreuves, mais une fin suppose un recommencement. Sachant qu'à partir de ‘Hanoucca, les jours allongent; les ténèbres, en toute logique, devront se raccourcir.
Dernier point qui me paraît d'importance est la mise en lumière de Gamal Moubarak, fils de son père, qui à l'occasion de cette guerre, est présenté comme le futur Raïs. Décidément, les temps changent.