"Deux peuples, deux états". C'est qui le second ?
"Deux peuples deux états". Tout le monde a ce slogan à la bouche, de Kadima au Fata'h, en passant par Sarkozy, et maintenant, Obama. Si Shlomo Sand prétend que le peuple juif fut inventé de toutes pièces par les historiens juifs de la fin du XX e siècle et par le jeune Ben-Gourion, moi je prétends que le concept du "peuple palestinien" a été largement fabriqué par la gauche anticolonialiste, essentiellement française, et par la gauche israélienne, à travers leurs média respectifs, mais en aucun cas par les dirigeants arabes, ni ceux issus de la Palestine imaginaire, ni assurément par les dirigeants des pays arabes constitués. Comme je suis las de rabâcher toujours les mêmes faits et arguments, je me contenterai de vous reproduire un extrait de mon essai "Ismaël et ses frères", page 188; on n'est jamais aussi bien servi que par soi même.
"Tant que les Juifs ne manifestent aucune velléité pour retourner vivre en terre de Canaan, ses habitants ancestraux ne manifestent aucun désir particulier de constituer un Etat sur cette terre. Les mouvements d’émancipation du tiers Monde, et en particulier des Etats arabes, ne les concernent pas. Canaan soumis à des puissances colonialistes de tous horizons leur convient et leur évite les soucis qui découlent d’un Etat constitué. Lors de l’effondrement de l’Empire ottoman, en 1919, le souhait des Arabes de Palestine est de devenir citoyens de la ”Grande Syrie arabe”, comme ils le déclarent lors du Congrès national syrien de Damas. L’arrivée progressive de Juifs ne leurs posent pas non plus, au début, de véritables problèmes. Si les Juifs peuvent amener de la prospérité dans leur région, elle sera la bienvenue tant qu’ils ne lorgnent pas vers une indépendance de jure.
A l’inverse, le retour des Juifs en Canaan s’accompagne d’une immigration de deux cent mille Arabes en Palestine, entre 1885 et 1935, (5) venant profiter du nouvel essor économique insufflé par les Juifs à la région.
Mais tel n’est pas la position des Etats environnants. Il leur paraît inconcevable que cette terre devienne juive. Le Coran, qui a banni les Juifs de leurs droits à toute bénédiction divine, à toute Brakha, ne peut concevoir qu’ils aient droit à la Baraka, qui signifie également ”bénédiction”. Le Coran peut admettre le Dhimmi, le protégé en terre d’Islam, mais un Juif ne dépendant pas d’une souveraineté arabe ou d’une autre souveraineté est une aberration. Le partage est voté aux Nations-Unies (6). Israël l’accepte. Les Arabes se refusent même de l’envisager, et les Etats arabes environnants entrent en guerre avec le jeune Etat. Les Israéliens se contentent des frontières de 1949 et essaient de faire avec. La réaction des Etats arabes, après leur défaite, consiste à parquer les philisto-cananéens, qui étaient à l’époque six cent mille, dans des camps de réfugiés, en attendant. Mais en attendant quoi ? En attendant simplement une revanche qui leur rendrait leurs terres occupées par des Juifs. Une telle perspective suppose, sans aucune ambiguïté, le retour à un état ante qui nécessite la disparition des Juifs par un coup de baguette magique ou un coup plus violent.
En attendant, les réfugiés patienteront dans leurs camps le temps qu’il faudra, même si cela doit prendre mille ans. Les réfugiés ne sont pas forcément contre, mais espèrent que cette situation sera provisoire.
Les Palestiniens sont devenus des otages. Non pas les otages des Juifs mais des pays arabes, qui ne les libéreront que le jour où l’Etat juif aura disparu. Les Etats arabes n’ont aucun intérêt et aucune envie que les Palestiniens aient leur Etat. Un Etat palestinien confiné entre l’Egypte, l’Arabie Saoudite, la Jordanie et la Syrie n’a aucune justification, ni aucune chance de survie. Nous avons sciemment évité d’évoquer le Liban, parce que le Liban n’existe plus de facto. Il est devenu une province syrienne.
Imaginons une hypothèse qui me fait frémir : l’Etat d’Israël n’existe plus. Peut-on penser sérieusement qu’un Etat palestinien s’élèverait à sa place ? Certainement pas. Il aura été morcelé entre la Syrie au nord qui se serait approprié le Golan et la Galilée jusqu’à Haïfa, l’Egypte et l’Arabie Saoudite qui se seraient partagés le Néguev jusqu’à Béer-Shéva plus la bande de Gaza jusqu’à Tel-Aviv et la Jordanie qui aurait tout naturellement mis main basse sur le reste.
Canaan - Palestine n’existe que parce que Israël existe. Sans lui, il n’a pas de justification, ni de raison d’être. Il n’a d’ailleurs jamais existé.
A-t-il d’ailleurs réellement envie d’exister ? Rien n’est moins sûr. Lorsque Barak sert à Arafat, à Camp David, un Etat palestinien sur un plateau d’argent, celui-ci le rejette. Les raisons invoquées par Arafat sont le droit au retour des Palestiniens et la question de Jérusalem où Barak ne lui concède que... les trois quarts de Jérusalem. Les raisons invoquées démontrent une seule chose : Arafat sait qu’il n’obtiendra jamais davantage et, tout en le sachant, il refuse l’Etat qu’on lui donne. Il n’en veut pas et sait que les Etats arabes ne peuvent l’accepter. Ils ne peuvent l’accepter parce que Jérusalem n’appartient pas aux seuls Palestiniens mais, dans la logique islamique, à tout le monde arabe. Mahomet ne s’y est-il pas rendu sur sa jument volante ? Deuxième raison : sans droit au retour des Palestiniens sur leur terre, ils perdent leurs otages qui, de six cent cinquante mille sont passés à trois millions cinq cent mille en l’espace de cinquante ans ! Les pays arabes seraient alors tenus de les assimiler ailleurs, ce qui officialiserait par ricochet le droit d’Israël à un Etat. Inacceptable. Le refus d’Arafat est parfaitement logique. Sa logique est d’ordre théologique et non politique. Aucun Etat arabe ou homme politique musulman ne peut, en l’état actuel des choses, accepter un Etat juif, aussi rabougri soit-il.
Le cheikh Yassine, le leader spirituel du Hamas, ne déclarait-il pas sérieusement, dans une interview accordée au magazine allemand ”Der Spiegel” en décembre 2003, qu’un Etat juif devrait être établi... en Europe! "