L'hébreu n'est pas une langue à mettre entre toutes les mains
Le 29 février, Matan Vilnaï, vice ministre de la défense et ancien adjoint au Chef d'Etat major de Tsahal, est interviewé par une radio israélienne. Il dit notamment que plus le rythme des tirs de missiles s’intensifiera, plus la catastrophe que palestiniens s’attireront sera grande. Ce qui est une remarque de simple bon sens. Et voici que cette phrase fait le tour du monde. Pourquoi?
Parce que Matan Vilnaï n'a pas pris la mesure du poids de la langue hébraïque.
Au lieu d'utiliser le mot ASSON qui signifie catastrophe, il emploie le mot SHOAH qui signifie à peu près la même chose en hébreu, mais en plus littéraire. Sauf que le mot a été repris dans toutes les langues du mondes, y compris en hébreu, pour désigner ce que nous savons. Vilnaï, qui n'a jamais brillé pas par sa finesse; ça se saurait, envoie un énorme pavé dans la marre que s’empresse de reprendre au bond l’hypocrite Abu Mazen, dont le vœu le plus cher est précisément la disparition du Hamas. Abu Mazen déclare à qui veut l’entendre que ce qui est fait aujourd'hui aux Palestiniens est pire que la Shoa. Comme si ça pouvait exister et comme si Israël envisageait un seul instant l’éradication des palestiniens de Gaza. La presse mondiale, à commencer par Le Monde, emboîte le pas, en déclarant qu'Israël menace les palestiniens d'une Shoah, que les Palestiniens sont confrontés aujourd'hui à des nouveaux Nazis, qui veulent massacrer et brûler le peuple palestinien...Etc...
Et tout ça, pour l'emploie d'un mot au lieu d'un autre. Mais pas dans n'importe quelle langue; en hébreu seulement.
Un mot en hébreu, qui prend sens dans une autre langue, abandonne sa signification originelle pour revêtir l’habit dont on veut le parer. Ainsi le mot Shoah-catastrophe, est complètement sorti du contexte de l’interview, pour désigne "La Solution Finale", ce qui arrange bougrement les ennemis d'Israël et les Autres, autrement dit ceux qui soutiennent de façon inconditionnelle les Palestiniens.
Vilnaï, à dessein ou plus vraisemblablement par maladresse, utilise un mot, somme toute banal en hébreu, qui devient de la dynamite dans toutes les autres langues. D’où le danger extrême de mettre l’hébreu dans toutes les mains.