Chouraqui est parti vers la glébe eternelle
Un grand Parchan - Commentateur éclairé et inspiré de la Torah - est mort. Je dis bien Parchan, au même titre qu’Onkélos, qui ne sait pas contenté de traduire la Torah dans l’araméen de son époque, mais qui, verset après verset, nous a livré ses mystères et sa beauté.
André Chouraqui était aussi un Etre unique, solidement campé sur trois civilisations : juive, chrétienne et musulmane, qu’il a su rendre intelligibles, grâce à sa fabuleuse maîtrise des langues et des Textes qui n’étaient, jusqu’à ce qu’il s’en empare, que "de l’hébreu", c'est-à-dire incompréhensible. Il a, entre autres, démontré que le Nouveau Testament n’avait de sens que si on ne lisait et le comprenait dans sa langue originelle. Il fut capable de transmettre la Torah aux non hébraïsants ; ce qui comprend aussi les israéliens qui pensent parler hébreu.
Mais sa fabuleuse traduction "Adam, le glébeux", s’appliquait aussi à Chouraqui. Il ne s’est pas contenté de vivre sa vie dans une tour d’ivoire environné de bouquins. Il s’est confronté aux hommes et aux choses, à la terre, la glébe d’Israël, avec ses choix, sa culture, son intelligence et sa force de caractère. Souvent houspillé, traité d’iconoclaste par les "bien-mal" » pensants et les sots, critiqué, mal compris par ceux qu’il dérangeait à cause de son audace intellectuelle qui ne connaissait pas de limite, si ce n’est sa fidélité au texte et à la langue. Il a continué toute sa vie à appeler un chat, un chat.
Ses choix politiques ont provoqué des remous. Et alors ? Ce qui importe c’est la générosité qui les sous-tendait. Et de générosité, il n’en a jamais manqué. Je regrette fort de ne pas l'avoir connu de son vivant.
Homme engagé dans le pays qu’il a aimé, maître à penser de la Torah et la langue hébraïque, traducteur inspiré, Chouraqui, tu vas nous manquer. Heureusement, il nous reste tes livres.
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