Pèlerinage, à haut risque pour Israël, d'un pape futé
Un nouveau pape est appelé à régner. "Araignée ?" quel drôle de nom pour un pape, s'interroge feu Prévert. Et à juste titre d'ailleurs pour ce qui est de Benoit XVI, si ce n'est que l'on se méprend sur les compétences et pouvoirs de l'araignée et qu'on oublie le principal: sa faculté unique à tisser une toile. Dans le Tanakh on raconte que David poursuivi par Saül qui cherchait à le tuer, se réfugia dans une grotte, où une araignée super sympa tissa une toile à l'entrée de la grotte pour rendre celle ci invisible aux yeux de ses poursuivants. On aurait tendance à penser que notre vénérable pape a, selon l'expression populaire, "une araignée dans le plafond" pour proférer autant d'inepties, et l'on se trompe très fort, car Benoît exprime parfaitement ce qu'il pense, et agit en fonction de ce qu'il dit.
Ainsi la réhabilitation du négationniste en chef de l'Église catholique. Pensez -vous un seul instant que le Saint-Siège, qui possède le service de renseignements le plus ancien et le plus sophistiqué du monde, ne savait pas à quoi s'en tenir sur le sieur Williamson ? Pensez-vous que la prise de position sur le préservatif ou l'excommunication de la pauvre brésilienne soient des erreurs? Que nenni, ce sont des décisions réfléchies, en concordance avec le dogme auquel Benoit croit mordicus.
Pour ce qui est de son pèlerinage du mois d'avril (comme le poisson, premier symbole des chrétiens, bien avant la croix) en Terre sainte, je vais tenter de vous démontrer que l'objectif du pape Araignée est de tisser une immense toile qui a pour finalité d'attraper dans ses filets tous les insectes qui passeront à proximité; avec une préférence marquée pour les mouches juives.
Visite de Yad Vashém. Le Pape y donne le coup d'envoi de l'imminente béatification de son pape favori, Pie XII. En refusant de se rendre dans la salle où l'on ne dit pas du bien de son poulain, il annonce du même coup au monde entier son désaccord avec la position officielle des juifs sur ce pape. Ce qui lui laisse les mains libres pour le canoniser à son retour à Rome.
Rendez- vous au Kotel ou mur des lamentations comme le désignent les musulmans. De ce lieu où Mahomet s'envola, monté sur sa jument Buraq, visiter les hauteurs célestes, Benoit glissera son petit billet dans les interstices des pierres. Il paraît que le rabbin en charge du Kotel n'est pas trop d'accord pour que le pape s'y rende avec sa croix en or brinquebalante et autres symboles en légère contradiction avec sainteté du lieu, mais, on verra qui aura le dernier mot.
Benoit rencontrera Abou Mazen et le grand mufti de Jérusalem, et bras -dessus,
bras -dessous, ils se rendront sur le Mont du Temple où se trouvent le Dôme du Roc et la mosquée Al Aqsa, où il n'a rien à faire. A signaler que lorsqu'un haut dignitaire musulman de la péninsule arabique exprime le désir d'aller prier à la mosquée d'Al Aqsa, les israéliens lui refusent la permission.
Benoit a aussi des exigences vis à vis du gouvernement israélien: que des fidèles puissent venir de Gaza pour participer à la messe de Bethléem, et que tous les chrétiens puissent se rendre aux lieux des célébrations, où qu'elles se déroulent.
Plus malin et encore plus insidieux, la gigantesque messe organisée à la demande du pape sur la "montagne du Saut", à deux kilomètres de Nazareth, où sont attendues 40.000 pélerins. Ca ne vous dit rien, n'est ce pas, cette montagne ? On l'appelle pourtant Djebel Qafza en arabe et Har Hakfitsa en hébreu.
A ce stade une histoire s'impose: Il y a quelques deux mille ans, Jésus s'en alla prier dans la synagogue de Nazareth en haut dans la montagne et y indisposa fort ses coreligionnaires qui faisaient partie du Mynian, car il ne cessait de les bassiner avec sa messianité. Le Mynian exaspéré décida de le jeter du haut de la falaise qui culminait tout de même à 397 mètres au dessus de la plaine de Jezreel. Mais, nous dit Luc (31-16), Jésus passa parmi eux et s'en fut son chemin; il était devenu invisible ou transparent. D'autres nous disent que Jésus sauta du haut de la falaise pour atterrir 400 mètres plus bas dans la plaine; le premier saut en élastique de l'histoire, sauf qu'il n'y remonta pas. De là provient la légende chrétienne du SAUT et le nom de la montagne. De cette colline on peut apercevoir le Mont Tabor (site de la Transfiguration pour les chrétiens) jusqu'à la Jordanie à l'est, la Méditerranée à l'ouest et Haïfa au nord. Plus central en Israël, c'est difficile; si ce n'est que l'endroit n'est sacré que pour les chrétiens, bien qu'une stalle en marbre en proclame le caractère sacré pour tous les hommes, œcuménique, quoi ?. En latin le lieu est désigné par le vocable saltus domini qui, vous l'avez compris, signifie le "saut du seigneur". C'est donc en ce lieu que Benoit décide de célébrer sa grande messe; une première qui ne pouvait germer que dans un esprit cultivé et finement politique.
Notons par ailleurs que les festivités au "saut du seigneur" seront évidemment financées par Israël et que les préparatifs, autres remises en état du réseau routier autour de Nazareth, frais de sécurité et autres babioles coûteront au bas mot quelques millions de dollars au contribuable israélien.
Et tout ça pourquoi ? Écoutons le pape: « j'accomplirai un pèlerinage en Terre Sainte pour demander au Seigneur, en visitant les lieux sanctifiés par son passage sur la terre, le précieux don de l'unité et de la paix au Moyen Orient et pour toute l'humanité ».
Le Saint-Père se rend donc au "Saut du Seigneur", point d'orgue de son Pèlerinage en Terre-Sainte pour demander au dit seigneur de montrer la voie à ceux qui n'ont pas reconnu le seigneur. Difficile !
Quoique, lorsqu'on observe le comportement des grands rabbins, de l'Etat d'Israël, Metzger et Amar, en visite au Saint-Siège ou de leurs délégués venus mettre la dernière main au pèlerinage pontifical, on constate que le pape les domine du haut de son fauteuil surélevé, alors qu'ils se tiennent sur le plancher des vaches, comme le vulgum pecus qu'ils ne devraient pas être. Cette domination physique est voulue par l'Eglise et subie par les rabbins qui devraient discuter le bout de gras avec le pape assis à la même table de conférences. On a l'impression d'assister à des élèves de collège se faisant engueuler dans la bureau du Proviseur. De la même façon, la visite pontificale sur les hauts lieux appartenant au judaïsme et à l'Islam, couronnée par la grande messe sur la montagne du saut d'où l'on aperçoit toute la terre sainte, de la Méditerranée au Jourdain, est organisée pour illustrer la supériorité du christianisme sur ses deux petites soeurs des pauvres.
Remarque pertinente de mon ami le «"Rabbin des Bois" à mon article: le silence assourdissant de Benoit XVI sur la disparition quasi totale des Catholiques en terre d'Islam et plus spécifiquement à Bethlehem serait-il comparable au silence de Pie XII sous le régime nazi ? Il est clair que si Benoit veut prôner la paix et l'unité dans la région, il devrait commencer par ses propres ouailles.